Quand l’Argentine instaure une mesure qui aurait privé Messi de défendre les couleurs de l’Albiceleste

Dorénavant, tout jeune espoir argentin désireux de tenter sa chance à l’étranger devra d’abord avoir paraphé un contrat professionnel avec une équipe du championnat national.

L’Association argentine de football (AFA) a annoncé il y a quelques semaines une réforme majeure de ses critères d’éligibilité en équipe nationale. Cette nouvelle règle interdit désormais aux jeunes footballeurs d’être convoqués pour représenter l’Albiceleste s’ils quittent le pays avant d’avoir signé un premier contrat professionnel avec un club local.

Cette politique entend protéger les clubs argentins de la fuite des jeunes talents et renforcer la formation au sein des académies nationales. Depuis plusieurs années, ces clubs — à l’instar d’autres grandes écuries sud-américaines réputées pour leur savoir-faire en matière de formation — assistent impuissants à l’exode de leurs meilleurs espoirs vers les académies européennes.

Selon de nombreux observateurs, la racine du problème réside dans le vide juridique lié au mécanisme de la « patria potestad » (autorité parentale), qui regroupe l’ensemble des droits et obligations des parents envers leurs enfants mineurs non émancipés, afin d’assurer leur protection, leur éducation et leur développement.

Le cas Luca Scarlato

Concrètement, cette disposition confère aux parents le pouvoir de gérer les biens et la carrière sportive de leurs enfants jusqu’à leur majorité. En théorie, un joueur peut signer son premier contrat professionnel dès 16 ans, comme le prévoit la loi argentine. Mais en pratique, la « patria potestad » fait que les parents gardent le dernier mot, et non le club formateur.

Résultat : ils peuvent transférer leur fils ailleurs sans que le club d’origine ne puisse intervenir, privant ainsi ce dernier d’une précieuse indemnité de formation. Le cas de Luca Scarlato, à l’origine de cette réforme, est révélateur. Le milieu de terrain de 16 ans, sélectionné jusqu’en U16 avec l’Argentine, a en effet quitté River Plate fin 2025 pour rejoindre Parme en Italie, sans signer de contrat professionnel avec le club argentin, provoquant la colère de River.

« Je tiens à lui (Scarlato) et je lui souhaite le meilleur, mais il avait les meilleures conditions à River. Je ne pense pas qu’il ait eu raison de partir. Et ces agents posent problème dans le football, car ils cherchent d’abord leurs propres intérêts », a pesté Gabriel Rodriguez, directeur du centre de formation du club, à DSports en décembre.

Sept internationaux potentiellement inéligibles

L’affaire a pris une telle ampleur que l’agent du joueur, Martin Ariel Guastadisegno, a fait l’objet d’une plainte formelle de River Plate auprès de la FIFA. « J’ai été victime de diffamation et d’insultes. Je travaille pour les joueurs, pas pour les clubs. Mon client et sa famille m’ont demandé de trouver la meilleure option pour lui : c’est ce que j’ai fait », a-t-il répliqué, cité par The Athletic.

Si cette règle avait été appliquée plus tôt, ses répercussions sur la composition de l’Albiceleste auraient été considérables. Pas moins de sept joueurs convoqués depuis septembre dernier n’auraient pas été admissibles à la sélection. Outre Lionel Messi, le gardien champion du monde Emiliano Martínez aurait également été exclu. L’actuel portier d’Aston Villa avait quitté l’Independiente en 2010 pour rejoindre Arsenal sans contrat professionnel argentin.

Même scénario pour Giuliano Simeone, fils de l’entraîneur de l’Atlético de Madrid, parti à Madrid en 2019 après sa formation à River Plate. Les milieux Camdeau Bundia et Enzo Barrenechea, ainsi que les attaquants Valentín Carboni et Wain Paniculo, font eux aussi partie des joueurs qui auraient été concernés par cette interdiction.

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