Entre bombes et ballons, l’Iran face au Mondial
Pour la première fois, un pays hôte de la Coupe du monde de football est en guerre contre l’une des nations qualifiées pour le tournoi qu’il organise. Entre décrets de voyage, tensions diplomatiques et silence assourdissant de la FIFA, le cas iranien cristallise toutes les contradictions d’une compétition prise en otage par la géopolitique.
À moins de 100 jours du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026 organisée conjointement entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, une question s’impose désormais au-delà des terrains : l’Iran sera-t-il seulement en mesure de disputer le tournoi ?
En effet, bien que la « Team Melli » ait figuré parmi les premières nations qualifiées, elle se trouve aujourd’hui dans une situation que ni les manuels de sport ni les règlements de la FIFA n’avaient envisagée.
Depuis le déclenchement des opérations militaires conjointes entre Washington et Tel‑Aviv contre Téhéran, il y a un peu plus d’une semaine, la question dépasse la sphère diplomatique, elle devient existentielle pour la délégation iranienne.
Comment se rendre dans un pays qui vous bombarde ? Comment demander à des joueurs, des entraîneurs, des membres d’une fédération nationale de poser le pied sur le sol d’une nation engagée militairement contre la leur ?
La FIFA dans l’embarras
La situation est d’autant plus préoccupante que les citoyens iraniens figuraient déjà, avant l’escalade militaire, parmi les nationalités visées par les mesures restrictives de voyage imposées l’année dernière par Washington.
Face à cette crise inédite, la réaction de la FIFA paraît pour le moins timorée. Son président, Gianni Infantino, interrogé récemment en marge d’un entretien avec des journalistes — selon Sky News —, s’est limité à déclarer : « J’espère tellement que ce sera un moment de paix. J’espère que nous pourrons contribuer à unir un peu le monde. »
Une sortie pour le moins embarrassante et révélatrice des contradictions d’une institution dont le dirigeant avait, en décembre dernier, décerné à Donald Trump un « prix de la paix », au grand désarroi de nombreux observateurs.
Des scénarios de secours
D’après The Athletic, la FIFA disposerait néanmoins de plans d’urgence prévus par les règlements du tournoi. En cas de retrait ou d’exclusion de l’Iran, l’organisation pourrait soit annuler les matchs de la sélection et réduire le groupe G à trois équipes, soit inviter une formation suppléante.
Le choix d’un remplaçant s’annonce délicat. Compte tenu du format des qualifications asiatiques, les Émirats arabes unis apparaissent comme les mieux placés si l’Irak venait à remporter son barrage intercontinental contre la Bolivie ou le Suriname le 31 mars.
En cas d’échec irakien, la FIFA pourrait retenir l’une de ces deux nations, voire le perdant du barrage, ou encore désigner un autre pays, ses statuts lui laissant une marge de manœuvre totale.
Le principal écueil demeure le calendrier. Dans un contexte politique incertain à Téhéran, tout désistement surviendrait sans doute à la dernière minute, compliquant des préparatifs pour l’équipe remplaçante, qui exigent habituellement plusieurs mois.

