Royaume-Uni : la Premier League comme soft-power ?

La récente visite du Premier ministre Keir Starmer à Pékin a mis en lumière un aspect méconnu de l’influence diplomatique exercée par le championnat anglais de football dans les relations internationales.

Il y a bien longtemps que le football a dépassé le cadre d’un simple jeu pour s’inviter dans toutes les sphères de la vie, y compris celle de la diplomatie.

En déplacement à Pékin du 28 au 31 janvier dernier, pour ce qui constituait la première visite officielle d’un Premier ministre britannique en Chine depuis 2018, Keir Starmer avait ainsi glissé dans ses bagages une “arme” pas comme les autres : un ballon de football.

Offert à son homologue chinois Xi Jinping, en marge de leur entretien dans le cadre solennel du Grand Hall du Peuple, ce ballon siglé Puma avait une valeur particulière, car provenant du match de Premier League disputé quelques jours plus tôt à l’Emirates Stadium entre Arsenal et Manchester United (2-3).

Selon le Financial Times, la balle portait en outre les signatures des joueurs ayant pris part à la rencontre, lui conférant le statut de pièce de collection. Un geste hautement symbolique avant le déjeuner officiel des deux dirigeants.

Des dirigeants passionnés de football

Pour le président chinois, connu pour être un fervent supporter de Manchester United, ce présent n’avait rien d’anodin. Ce que l’on sait moins, c’est que Xi Jinping nourrirait également une affection pour Arsenal, Manchester City et Crystal Palace, d’après des journalistes britanniques qui ont fait le voyage.

Si ces clubs semblent a priori sans lien particulier, hormis leur appartenance à l’élite anglaise, cette préférence n’est pas dénuée de sens. The Athletic rappelle qu’en 2015, lors de sa visite d’État au Royaume‑Uni, Xi avait été reçu avec tous les honneurs à Manchester.

Cela comprenait un selfie très commenté avec Sergio Agüero, une visite du centre d’entraînement de City en compagnie de David Cameron, une rencontre avec Manuel Pellegrini, Patrick Vieira, Vincent Kompany ou encore Toni Duggan, alors star de l’équipe féminine du club.

Peu après, le groupe public China Media Group entrait à hauteur de 13 % dans le capital du City Football Group, propriétaire de Manchester City, à une époque où plusieurs clubs anglais – Birmingham, West Bromwich Albion, Reading, Southampton ou Wolverhampton – passaient sous pavillon d’investisseurs chinois.

Le football, nouvelle langue de la diplomatie

L’attachement de Xi Jinping à Crystal Palace s’expliquerait, toujours selon The Athletic, par le fait que ce club fut le premier en Angleterre à accueillir des joueurs chinois, Sun Jihai et Fan Zhiyi, en 1998 alors qu’il évoluait encore en deuxième division.

Leur premier match, suivi par quelque 300 millions de téléspectateurs en Chine, déclencha un engouement national et scella des liens durables entre Palace et le géant asiatique, renforcés par deux tournées organisées en 1999 et 2000.

Quoi qu’il en soit, cet épisode entre Keir Starmer et Xi Jinping illustre une fois de plus le pouvoir fédérateur du football. Rien d’un hasard, lorsqu’il s’agit du championnat le plus suivi au monde.

La dimension internationale croissante de la Premier League en a fait, depuis le début du XXIᵉ siècle, l’un des vecteurs d’influence les plus visibles du Royaume‑Uni. Downing Street l’a bien compris, en intégrant des représentants de la ligue à ce déplacement diplomatique à Pékin.

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