La FIFA veut vendre une part de la Coupe du monde à des fonds privés, la planète football s’insurge

Le projet de création d’une nouvelle structure chargée de regrouper l’ensemble des droits commerciaux du Mondial, dont 21% seraient ouverts à des investisseurs privés, suscite une fronde inédite au sein des confédérations continentales.

Selon des révélations exclusives du Times, Gianni Infantino envisage d’ouvrir le capital de la Coupe du monde à des investisseurs privés. Ce projet, porté depuis plusieurs mois par le président de la FIFA et dévoilé presque à la surprise générale, prévoit la création d’une nouvelle entité baptisée FIFA Forward Enterprises (FFE).

Celle-ci serait chargée de centraliser l’ensemble des activités génératrices de revenus de l’instance mondiale du football, allant des droits de diffusion au sponsoring, en passant par la billetterie, les licences et le merchandising, pour la Coupe du monde masculine, la Coupe du monde des clubs ainsi que les compétitions féminines.

La FIFA envisagerait de céder jusqu’à 21% du capital de cette structure à des investisseurs privés, sur la base d’une valorisation globale estimée à près de 20 milliards de dollars, avec l’appui de la banque JP Morgan.

Un montage financier stratégique

Une telle opération permettrait de lever environ 4,2 milliards de dollars, une somme destinée à être redistribuée aux 211 fédérations membres via un mécanisme rebaptisé « Fast Forward Program ».

Chaque association nationale, de l’Allemagne aux Îles Salomon, dispose d’une voix égale dans ce processus. D’après Matt Slater, journaliste à The Athletic, l’allocation de développement, actuellement fixée à environ 10 millions de dollars par cycle de quatre ans, pourrait atteindre 40 millions si le projet est validé, soit une hausse qualifiée d’« historique » pour des pays dont jusqu’à 75% des ressources dépendent des financements de la FIFA.

Les fédérations sont appelées à se prononcer avant le 19 septembre, pour une entrée en vigueur prévue au 1er janvier suivant, en amont du congrès officiel de la FIFA programmé en mars à Rabat, où Gianni Infantino visait jusqu’ici un quatrième mandat sans opposition.

À la suite des révélations du Times, la FIFA a publié un communiqué de 1 400 mots visant à défendre son initiative. Présenté sous l’angle de la « redistribution » et du « développement du football », ce document a rapidement alimenté la controverse une fois analysé par les spécialistes du secteur.

Un tollé général

Selon l’UEFA, cette privatisation « franchit une ligne que les instances dirigeantes du football ne devraient jamais franchir ». L’organisation européenne ajoute qu’« aucun d’entre nous n’est propriétaire du football » et que celui-ci « n’appartient pas à la FIFA pour qu’elle le commercialise ».

La Confédération asiatique de football (AFC) affirme ne pas avoir été consultée et regrette qu’un dossier d’une telle importance ait été rendu public sans concertation préalable. La CONCACAF, qui regroupe l’Amérique du Nord, centrale et les Caraïbes, indique pour sa part n’avoir été informée que par voie de presse, dénonçant un déficit de procédure.

Selon Matt Slater, la question centrale demeure celle du statut de la FIFA, organisation à but non lucratif basée en Suisse et exonérée d’impôts. L’entrée de capitaux privés au sein d’une filiale commerciale pourrait, selon lui, exposer l’institution à un contrôle accru de la Commission européenne, dans un contexte déjà tendu avec les grands championnats européens autour du calendrier et de l’élargissement des compétitions.

Certains évoquent également des liens entre ce projet et Josh Kushner, frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, ce qui alimente les interrogations sur une éventuelle influence de cercles proches de l’administration américaine dans ce dossier.

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