L’Inde et la Chine, trop mauvais au football ?
À elles deux, ces nations regroupent près de deux milliards d’habitants, sans pour autant réussir à s’imposer durablement sur la scène mondiale du ballon rond. Décryptage d’une situation plus compliquée qu’il n’y paraît plus.
Alors que la Coupe du monde 2026 touche à sa fin, une question revient avec insistance : pourquoi l’Inde et la Chine en sont-elles absentes ? L’interrogation est d’autant plus pertinente que l’élargissement du tournoi à 48 équipes a permis à des sélections inattendues d’accéder à ce niveau.
C’est notamment le cas de micro-États comme le Cap-Vert (500 000 habitants) ou Curaçao (150 000 habitants), certains ayant même atteint les phases à élimination directe. À l’inverse, la Chine ne compte qu’une seule participation au Mondial, en 2002, conclue sans inscrire le moindre but.
L’Inde, de son côté, n’a encore jamais pris part à la compétition. Si l’argument d’un intérêt culturel limité pour le football au profit d’autres sports — comme le cricket en Inde — peut en partie expliquer cette situation, il reste insuffisant.
D’autant que l’on estime à 200 millions le nombre d’amateurs de football en Chine et à 136 millions en Inde, des audiences supérieures à celles de nombreux pays régulièrement qualifiés. L’enjeu réside donc dans la capacité à transformer cette popularité en un véritable vivier de talents.
Une base de développement encore fragile
En effet, les nations performantes s’appuient sur un modèle pyramidal. Celui-ci repose sur des infrastructures accessibles au plus grand nombre, prolongées par des structures scolaires, associatives ou des académies, avant d’aboutir à des ligues professionnelles organisées qui alimentent l’équipe nationale.
L’Angleterre, par exemple, dispose de plus de onze divisions reliant le football amateur à la Premier League, considérée comme la plus compétitive et la plus lucrative d’Europe, avec près de huit milliards de dollars de revenus annuels.
En Inde, cette structure demeure largement insuffisante. Selon les documents stratégiques publiés par la fédération en 2023, la pratique reste limitée en raison d’un déficit d’infrastructures et d’encadrement qualifié. Le pays ne compterait que 0,06 entraîneur licencié pour 10 000 habitants, contre une moyenne comprise entre 5 et 7 dans les nations du top 100 FIFA.
Moins d’une centaine de clubs de développement étaient recensés en 2023, toujours selon la fédération indienne, tandis que la Super League locale souffre d’une gouvernance instable, marquée par des accusations de corruption ayant conduit à une suspension temporaire par la FIFA en 2022.
Un encadrement étatique contraignant en Chine
Le cas chinois illustre une problématique différente. Le président Xi Jinping, passionné de football, avait fixé trois objectifs : qualifier la sélection nationale, organiser une Coupe du monde, puis la remporter.
En 2015, Pékin avait dévoilé un vaste plan visant à construire 70 000 terrains, 20 000 centres de formation et à impliquer 30 millions d’enfants dans la pratique scolaire du football.
Mais selon le journaliste Mark Dreyer, auteur de l’ouvrage Sporting Superpower consacré au sport chinois, cette approche centralisée, inspirée des disciplines individuelles comme le plongeon ou le tennis de table, s’adapte mal au football, qui repose davantage sur la créativité que sur la répétition.
Le système est également fragilisé par le poids du gaokao, examen déterminant qui détourne de nombreux jeunes de la pratique sportive, ainsi que par la crise immobilière ayant entraîné la disparition de plusieurs clubs de Super League.
À cela s’ajoute un scandale de matchs truqués, qui a conduit à des sanctions à vie pour 73 personnes et à la condamnation à perpétuité de l’ancien président de la fédération chinoise pour corruption.

