Au Japon, nettoyer le stade est une seconde nature
Les supporters de la sélection japonaise se distinguent une nouvelle fois lors de ce Mondial par leur sens exemplaire de la propreté. Un comportement profondément enraciné dans la culture du pays.
Dans les gradins du monde entier, la fin d’un match suit un rituel bien connu : les supporters se lèvent, exultent ou ruminent, puis quittent les lieux en laissant derrière eux un amas de gobelets renversés, d’emballages froissés et de détritus divers.
Sauf lorsque les tribunes accueillent des Japonais. Depuis leur première participation à la Coupe du monde, en France en 1998, les fans de la sélection nippone ont pris l’habitude de rester après le coup de sifflet final, sacs poubelles bleus à la main, afin de ramasser soigneusement les déchets de leur zone avant de partir.
La compétition lancée le 11 juin dernier ne déroge pas à cette pratique. Ainsi, à l’AT&T Stadium de Dallas, le 14 juin, à peine le match nul (2-2) entre les Samouraï Blue et les Pays-Bas terminé, des centaines de supporters se sont attelés à nettoyer les abords de leurs sièges.
Une tradition qui remonte à l’école
Pour comprendre ce comportement, il faut remonter à l’expression japonaise Tatsu tori ato wo nigosazu, qui signifie littéralement : « l’oiseau ne laisse aucune trace derrière lui ». Une maxime qui encourage à laisser un lieu dans l’état où on l’a trouvé.
Ce principe, inculqué dès l’enfance, s’applique dans de nombreux aspects du quotidien. À l’école, les élèves nettoient eux-mêmes leurs salles de classe. Dans les restaurants, les clients débarrassent leur table. Dans les hôtels, les voyageurs rangent avant leur départ.
« Ce que vous trouvez exceptionnel est pour nous tout à fait normal. Lorsque nous utilisons les toilettes, nous les nettoyons. En quittant une pièce, nous veillons à ce qu’elle soit en ordre. C’est ainsi que nous sommes éduqués, jour après jour », expliquait un supporter japonais à Al Jazeera lors du Mondial 2022 au Qatar, avec simplicité.
Un modèle qui inspire au-delà des frontières
« C’est culturel, mais c’est aussi une question de respect : envers les joueurs, les autres supporters et le stade. Nous sommes honorés d’être là, donc nous ne voulons pas salir les lieux ni les laisser en désordre », souligne une supportrice dans une vidéo relayée sur le compte X de la FIFA.
« Les Japonais sont socialisés différemment. Lorsqu’on grandit avec certaines habitudes, on les reproduit partout, y compris dans un stade après un match », analyse de son côté un sociologue interrogé par la chaîne Firstpost.
Ce que le Japon a mis des décennies à construire commence semble-t-il, à inspirer ailleurs. Le mouvement a timidement émergé lors du Mondial 2018 en Russie, lorsque des supporters sénégalais ont été filmés en train de nettoyer leur tribune après la victoire historique face à la Pologne. Une dynamique encore limitée, mais appelée à se développer, à l’heure où l’empreinte environnementale du football reste un enjeu majeur.

