France : l’OL sort l’artillerie lourde contre Textor

Le club lyonnais accuse l’ancienne direction de multiples irrégularités financières. Le dernier épisode d’une séquence qui a plongé l’institution dans une grave crise économique.

Dans un communiqué publié lundi 8 juin, Eagle Football Group, la société mère de l’Olympique lyonnais (OL), a annoncé avoir déposé une plainte pénale contre X auprès du procureur de la République de Lyon, sur la base des conclusions d’une enquête interne commandée dès décembre 2025 à un cabinet d’avocats externe.

Le rapport, dont le conseil d’administration a pris connaissance début juin, porte sur un ensemble d’opérations réalisées entre mai 2023 et juin 2025 sous l’ancienne direction menée par l’homme d’affaires américain John Textor.

Il fait état d’une désorganisation délibérée des activités du club, assortie d’une opacité systématique dans la gestion financière. La plainte vise des faits présumés d’abus de biens sociaux, de présentation et de publication de comptes inexacts, ainsi que de diffusion d’informations trompeuses sur le marché.

Le document évoque des flux financiers de plusieurs centaines de millions d’euros engagés sans justification économique claire, dans un contexte de graves tensions de trésorerie. Un constat particulièrement sévère pour une société cotée, soumise à de fortes exigences de transparence comptable et d’information des actionnaires.

Des transferts devenus pièces à conviction

Parmi les opérations les plus scrutées figure le cas de la filiale brésilienne OL LTDA, abondée à hauteur de plusieurs millions d’euros par le groupe lyonnais et bénéficiaire d’un prêt de plus de quarante millions, avant d’être cédée au club de Botafogo — propriété de Textor — pour à peine trois millions.

Les avocats peinent à identifier une logique économique à cette transaction. S’y ajoutent plusieurs transferts jugés problématiques. L’attaquant brésilien Jeffinho avait ainsi été acheté à Botafogo pour 10 millions d’euros, alors qu’il était évalué à moins de 2 millions sur le marché.

Le défenseur Nuamah a, lui, été recruté pour 28,5 millions d’euros auprès de Molenbeek — autre club de la galaxie Textor — alors que ce dernier l’avait acquis pour 25 millions. Mais c’est sans doute le dossier Igor Jesus qui concentre les critiques les plus fortes.

L’OL a en effet déboursé 42 millions d’euros pour l’international brésilien, alors que Botafogo l’avait récupéré gratuitement en fin de contrat. Textor l’a ensuite transféré à Nottingham Forest pour moins de 20 millions. Ce qui suggère que le prix payé par Lyon était largement surévalué.

Une période aux lourdes conséquences

Dans chacun de ces dossiers, Botafogo ou Nottingham Forest — dirigé par Marinakis, proche de Textor — apparaissent comme bénéficiaires directs ou indirects des montants en jeu. Chaque euro de surpaiement constitue, dans la logique retenue, un transfert de richesse de l’OL vers ces entités liées.

Si la plainte déposée à Lyon est pénalement lourde de conséquences — l’infraction d’abus de biens sociaux peut entraîner jusqu’à cinq ans de prison et 375 000 euros d’amende pour une personne physique, et jusqu’à 1,8 million d’euros pour une personne morale —, ses effets concrets restent incertains.

John Textor résidant aux États‑Unis, l’exécution d’une éventuelle condamnation française sur le sol américain apparaît hautement incertaine. La perspective d’une récupération directe des sommes en cause semble, elle aussi, limitée.

Cette procédure permet néanmoins de mettre en lumière la gestion jugée préjudiciable de l’ancienne direction. L’Olympique lyonnais affiche deux exercices consécutifs avec des déficits dépassant les 200 millions d’euros et doit prochainement se présenter devant la Direction nationale du contrôle de gestion pour la validation de ses comptes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.