Le football brésilien perd son sponsor roi
L’interdiction des paris sportifs et des casinos en ligne, récemment décidée par le président Luiz Inácio Lula da Silva, menace la survie même de nombreux clubs de foot, financièrement dépendants de cette industrie accusée d’engloutir les économies des ménages.
Au Brésil, levée de boucliers contre l’interdiction des paris sportifs. Décidée le 25 septembre dernier, à quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, la mesure vise, selon le président Luiz Inácio Lula da Silva, à enrayer le cercle vicieux auquel s’exposent les personnes s’adonnant à cette pratique.
Le chef de l’État accuse notamment la filière d’alimenter l’addiction et le surendettement des familles.
Selon le Comsefaz, organisme réunissant les responsables des finances, des recettes et de la fiscalité des 26 États brésiliens et du District fédéral, cité par Bloomberg, les Brésiliens ont transféré en moyenne, chaque mois, 4,7 milliards de réais (environ 856 millions de dollars) vers des plateformes de paris via le système de paiement local Pix, entre octobre 2024 et mars 2026.
Le texte, entré en vigueur le 5 octobre, cible ainsi l’exploitation de ces plateformes, les activités d’intermédiaire, les nouveaux dépôts d’argent sur les comptes des joueurs, de même que la publicité et le sponsoring liés à ces paris.
Une dépendance devenue structurelle
Une décision prise au grand dam de l’industrie du football professionnel, qui y voit sa mise à mort financière. Pour cause, pas moins de quatorze des vingt clubs de Série A — le championnat de première division — ont une entreprise de paris comme sponsor principal cette saison.
Profitant d’une loi de 2018 légalisant les paris sportifs à cote fixe, signée sous la présidence de Michel Temer, la quasi-totalité des écuries du football ont en effet noué des relations d’affaires avec des géants des jeux en ligne.
D’après Sports Value, les entreprises de paris représentaient l’an dernier 73% des revenus marketing de São Paulo, 57% de ceux de Botafogo et 54% de ceux de Corinthians, soit trois des plus importants clubs de foot du pays.
Et cela ne concerne que les maillots. Cesar Grafietti, du cabinet Convocados, révèle que les panneaux publicitaires autour des terrains représentaient, eux, au moins 500 millions de réais supplémentaires.
Un trou financier immédiat pour les clubs
Les revenus provenant des sociétés de paris ont augmenté de 67% l’an dernier, pour atteindre environ 1 milliard de réais (191 millions de dollars). De quoi représenter environ 34% des recettes commerciales des équipes, à en croire la même source.
« Le secteur se retrouve dans un climat d’insécurité, après avoir vu ses revenus amputés du jour au lendemain », affirme Grafietti dans les colonnes de Bloomberg. Il regrette par ailleurs une méthode plutôt abrupte et susceptible de freiner les investisseurs.
Chez les clubs sommés de se conformer à la mesure, c’est la désolation. « Comment vais-je payer Paquetá en janvier ? », s’est ainsi demandé le président de Flamengo, Luiz Eduardo Baptista. L’international brésilien a été transféré en provenance de West Ham pour la somme record de 42 millions d’euros, ce qui en fait la recrue la plus chère de l’histoire du club.
Après s’être séparé de son principal sponsor, Betano, le club arborait, le 8 octobre dernier, la mention « Proibir não é proteger » (« Interdire, ce n’est pas protéger ») sur son maillot. Une façon de protester contre cette interdiction des paris, attaquée en justice par plusieurs acteurs du secteur.

