Le « spygate » qui ébranle le foot anglais

Épinglé pour espionnage contre des adversaires, Southampton a vu sa fin de saison complètement dérailler. Une affaire aux multiples ramifications.

Southampton ne disputera pas la finale des playoffs du Championship prévue ce samedi 23 mai à Wembley. Le club anglais, pourtant vainqueur de sa demi-finale face à Middlesbrough, a été exclu de la compétition par un panel disciplinaire indépendant de l’English Football League (EFL).

Les Saints se voient également infliger une pénalité de quatre points pour la saison prochaine. En cause : « de multiples violations du règlement de l’EFL liées à l’enregistrement non autorisé des séances d’entraînement d’autres équipes ».

L’affaire éclate le 7 mai, deux jours avant la demi-finale aller contre Middlesbrough. Le Daily Mail révèle qu’un analyste stagiaire de Southampton a été surpris en train de filmer l’entraînement adverse depuis des buissons, alors que les deux clubs sont géographiquement très éloignés.

Le match aller se déroule dans un climat tendu et se conclut par un nul (0-0). Au retour, malgré la controverse, Southampton s’impose 2-1 après prolongation, dans une ambiance d’abord bon enfant, marquée par des supporters munis de jumelles ou déguisés en buissons.

Des éléments accablants

Mais l’enquête de l’EFL prend rapidement une tournure plus grave. Le club reconnaît non seulement l’incident impliquant Middlesbrough, mais admet également deux autres cas similaires au cours de la saison : face à Ipswich en avril, où l’analyste s’était fait passer pour un supporter d’Eastleigh (club de cinquième division proche de Southampton, où Ipswich s’entraînait), et contre Oxford en décembre.

Fait cocasse : ces trois rencontres sont les seules que Southampton n’a pas remportées durant sa série impressionnante sous la direction de son entraîneur Russell Martin, désigné entraîneur du mois à trois reprises consécutives.

L’audience disciplinaire du mercredi 20 mai s’est révélée particulièrement défavorable au club. L’EFL a notamment produit des échanges WhatsApp entre l’entraîneur et plusieurs analystes, montrant que Martin encourageait la poursuite de ces pratiques malgré les réticences exprimées en interne.

Il leur reprochait même, à certaines occasions, de ne pas fournir suffisamment d’informations exploitables.

Des joueurs furieux

Le panel indépendant a conclu à une « tricherie manifeste », en violation d’une règle introduite en 2019 à la suite de l’affaire Marcelo Bielsa. À l’époque, l’entraîneur de Leeds United avait reconnu avoir observé tous ses adversaires lors d’une saison, écopant d’une amende de 200 000 livres en l’absence de cadre réglementaire explicite.

Malgré un recours déposé le jeudi 21 mai par Southampton, invoquant le caractère disproportionné de la sanction et demandant un délai supplémentaire pour préparer sa défense, la justice a rejeté l’appel en quelques heures, estimant que le règlement avait été correctement appliqué.

Les représentants des joueurs, qui affirment ne pas avoir été informés des agissements du club, envisagent désormais des actions en justice. Ils s’appuient notamment sur des clauses contractuelles stipulant que l’employeur ne doit pas porter atteinte à la réputation du club ni compromettre les intérêts financiers des salariés.

Cet aspect est d’autant plus sensible que certains joueurs avaient négocié des doublements de salaires automatiques en cas de promotion. Plusieurs contrats prévoyaient en effet des baisses de rémunération pouvant atteindre 40% en cas de relégation, lesquelles auraient été annulées en cas d’accession à la Premier League.

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